DÉTAILS DU PROGRAMME

Jeudi 18 juin 2026

Le thème de la croissance est axé sur l’approfondissement des discussions, des efforts de plaidoyer et des partenariats.
Cette journée explorera la manière dont l’innovation, le soutien au leadership communautaire et le partage des connaissances contribuent à l’essor de nos systèmes alimentaires.

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Tout au long du Common Good Food Forum de cette année, l’équipe de Dignity & Joy : a podcast from FoodShare circulera et sollicitera des idées et des réflexions sur le thème du forum, « Building a Bigger Table : Renforcer nos relations ».

Dignité et Joie est un podcast qui met l’accent sur la justice alimentaire à travers des conversations avec des personnes qui construisent des systèmes plus justes, bienveillants et résilients dans le domaine de l’alimentation et au-delà. Fondé sur l’expérience vécue, la connaissance de la communauté et l’établissement de relations, le podcast explore comment la dignité,
la joie et la responsabilité collective peuvent guider l’avenir de l’alimentation au-delà de la charité et de la réponse aux crises. Au cours du forum, FoodShare demande aux participants de réfléchir à la manière dont les relations entre les communautés, les organisations, les institutions et la terre sont à la base du travail de justice alimentaire, et
à ce qu’il faut faire pour nourrir ces relations dans la pratique.

Le dernier jour de la session, l’équipe du balado invitera les participants de passage au « Coin connexion » à partager avec l’animateur Sheldomar Elliott de brèves réflexions sur le renforcement des relations qui leur sont apparues tout au long de la semaine, dans l’espoir d’explorer des questions telles que

● Que signifie construire des systèmes alimentaires ancrés dans la dignité plutôt que dans l’extraction ou la pénurie ?
● Comment entretenir des relations au-delà des différences, du pouvoir et du lieu ?
● Quelles conditions permettent à la joie de coexister avec la lutte dans les mouvements de justice alimentaire ?
● Comment les institutions peuvent-elles faire de l’espace pour les connaissances menées par les communautés tout en restant
responsables ?

S’écartant de son format standard d’entretiens individuels et amenant le podcast Dignity and Joy dans un espace physique partagé, FoodShare vise à modéliser une manière différente de se réunir, qui valorise l’écoute, l’attention et l’apprentissage collectif en tant qu’outils essentiels pour
renforcer nos systèmes alimentaires.

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État de la transition agroécologique au Québec
Jane Morrison, Darren Bardati

Cette étude examine comment les agriculteurs du Québec passent de l’agriculture conventionnelle à des pratiques agroécologiques. Pour saisir ces changements, des enquêtes ont été distribuées aux propriétaires et aux gestionnaires de fermes écologiques dans toute la province en 2019 et à nouveau en 2025. Dans ce contexte, les fermes écologiques font référence à un large éventail de fermes qui visent à mettre en œuvre des pratiques favorisant la durabilité environnementale. Une base de données complète des fermes écologiques a été créée à l’aide de sources en ligne accessibles au public, et les participants ont été contactés par courriel. Les enquêtes visaient à identifier les questions clés, les préoccupations et les investissements en ressources, en soulignant les domaines dans lesquels les agriculteurs ont besoin de soutien et les orientations potentielles pour la recherche future. La comparaison des réponses des deux années nous a permis d’observer les tendances au fil du temps. L’enquête a reçu 196 réponses complètes en 2019 et 182 en 2025. Dans l’ensemble, les résultats indiquent une évolution positive vers les pratiques agroécologiques. Un plus grand nombre d’exploitations agricoles se déclarent aujourd’hui « entièrement » écologiques, la dépendance à l’égard des intrants externes a diminué et la durabilité environnementale est devenue une priorité plus importante.

Cependant, des défis subsistent. Les obstacles les plus fréquemment cités sont les contraintes financières, suivies par le manque de temps et la complexité de la gestion. Ces obstacles soulignent la nécessité d’interventions politiques ciblées et de programmes de soutien pour faciliter les transitions. Cette recherche offre une perspective optimiste sur l’agriculture au Québec, démontrant des progrès tangibles vers la durabilité tout en identifiant des domaines critiques à améliorer.

Diversification par l’agritourisme : De petites niches mais un grand potentiel
Eva Escandon

Il existe une série de dynamiques économiques et sociales qui ont un impact négatif sur les moyens de subsistance des agriculteurs. L’un des problèmes les plus évidents est d’ordre démographique : La population agricole du Canada diminue et vieillit, l’agriculteur moyen étant aujourd’hui âgé de 56 ans. Un autre problème central et interdépendant est d’ordre économique, car de nombreux agriculteurs sont confrontés à des contraintes financières à long terme. Le défi économique de l’agriculture d’aujourd’hui découle d’une série de facteurs, notamment les coûts élevés des machines agricoles, qui entraînent de faibles marges unitaires et sont particulièrement difficiles à surmonter pour les petits et moyens agriculteurs. En réponse, certains petits et moyens agriculteurs ont commencé à diversifier leurs activités agricoles afin d’accroître leur rentabilité et de remédier à la faiblesse de leurs marges.

L’une des nouvelles approches de la diversification des exploitations agricoles est la croissance de l’agritourisme, que l’on peut décrire de manière générale comme les efforts déployés pour offrir aux visiteurs des expériences authentiques dans des exploitations agricoles en activité, qui peuvent inclure la participation à des activités telles que la récolte de produits (par exemple, la cueillette de pommes ou de baies), l’alimentation et l’interaction avec les animaux, et les loisirs saisonniers (par exemple, les promenades en charrette et les labyrinthes de maïs à l’automne, ou encore les érablières en hiver).

Cette recherche vise à examiner le paysage de l’agritourisme au Canada, y compris une évaluation des diverses formes qu’il prend, ainsi que les flux de revenus associés et les revendications éducatives. Il s’agit d’un sujet sous-estimé dans les études sur l’alimentation au Canada, car l’agritourisme – lorsqu’il est pratiqué de manière efficace – peut non seulement contribuer aux moyens de subsistance des petites exploitations agricoles, grâce à des revenus supplémentaires et à des ventes à marge plus élevée, mais aussi jouer un rôle dans l’éducation des visiteurs sur la nature de l’alimentation et de l’agriculture. En comprenant mieux les formes d’agritourisme pratiquées au Canada, ainsi que les objectifs exprimés, mon but est non seulement d’aider à établir un programme de recherche pour les chercheurs en études alimentaires, mais aussi de générer des idées qui pourraient être utiles aux petits exploitants agricoles qui envisagent d’intégrer ce type d’activité dans leurs activités.

S’attaquer aux transitions : Le point de vue des agriculteurs sur les défis de la succession des exploitations
Claire Perttula

La crise de la succession agricole est une question cruciale pour l’avenir de l’agriculture en Ontario. 60 % des agriculteurs ont plus de 55 ans et approchent de la retraite, mais n’ont pas de plan de succession, tandis qu’une proportion décroissante d’agriculteurs a moins de 35 ans. Bien qu’ils soient essentiels à l’avenir du secteur, les jeunes agriculteurs et ceux qui aspirent à le devenir se heurtent à de nombreux obstacles. Nombre de ces difficultés sont enracinées dans le colonialisme et les dynamiques de pouvoir qui en découlent, notamment le racisme et les régimes de propriété privée. Certaines provinces ont mis en place des stratégies pour les nouveaux arrivants afin de lever les obstacles auxquels sont confrontés les nouveaux agriculteurs et de renforcer le secteur agricole dans son ensemble. Ce n’est pas le cas de l’Ontario et il n’existe pas non plus de stratégie nationale.

Cette recherche soutient que les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs à tous les stades de leur carrière – aspirants, nouveaux et retraités – sont tous liés et nécessitent donc une stratégie pour l’ensemble du système, et pas seulement une stratégie pour les nouveaux arrivants. Tout au long de l’année 2025, des agriculteurs de toutes les étapes de leur carrière ont été interrogés afin de comprendre leurs perspectives, leurs défis particuliers et leurs souhaits pour l’avenir de l’agriculture en Ontario et pour naviguer dans les transitions vers ou hors du secteur. Les expériences des aspirants agriculteurs, des nouveaux agriculteurs et des agriculteurs qui prennent leur retraite sont analysées à l’aide d’un cadre de souveraineté alimentaire afin d’identifier les luttes intergénérationnelles ayant des causes profondes communes. À partir de ces défis intergénérationnels, des points d’appui potentiels liés à l’accès, à la diversité et à la gouvernance sont identifiés.

Rendements élevés, rendements faibles : Une analyse longitudinale des ensembles technologiques et des revenus agricoles dans le sud-ouest de l’Ontario
Richard Bloomfield

Les petits et moyens agriculteurs indépendants du Canada et du monde entier ont fait preuve d’une résistance remarquable aux forces de la restructuration capitaliste. Malgré le substitutionnisme (le remplacement de l’autonomie et des connaissances des agriculteurs par une dépendance aux intrants et à l’expertise externes) et l’appropriation (l’extraction de la valeur de l’agriculture pour l’accumulation de capital), beaucoup continuent à naviguer et à résister à ces pressions (van der Ploeg, 2018). Si les mouvements paysans et les réseaux alimentaires alternatifs ont fait l’objet d’une grande attention, les chercheurs se sont moins intéressés aux petits et moyens exploitants de cultures de base, en particulier dans les pays du Nord, qui opèrent dans le cadre de systèmes d’intrants et d’extrants consolidés et sont souvent intégrés dans des paysages profondément financiarisés (Clapp, 2025). Les chercheurs ont souligné, au niveau macroéconomique, la stagnation des prix des produits de base et, par conséquent, la part plus faible du revenu que l’agriculteur perçoit malgré l’augmentation des prix des produits de détail (comme le pain), ainsi que les tendances macroéconomiques du revenu net des agriculteurs au Canada, qui tend à diminuer et à être de plus en plus inégalitaire (Qualman et al., 2018).

Cette présentation proposera un cas empirique ancré dans quatre décennies de données provenant d’une ferme familiale du sud-ouest de l’Ontario. En m’appuyant sur les registres des coûts des intrants, des rendements et des revenus nets, j’examine les promesses faites par l’agro-industrie – en particulier en ce qui concerne les variétés de semences à caractères multiples et les « ensembles technologiques » – et j’évalue leurs résultats matériels pour les agriculteurs. Plus précisément, je compare le rendement et le revenu net par acre entre les variétés de maïs hybride génétiquement modifié et les semences conventionnelles sur plusieurs décennies. Je cherche à fournir une analyse longitudinale détaillée qui remet en question l’hypothèse selon laquelle l’intensification technologique conduit à une amélioration de la prospérité des exploitations agricoles, afin de mettre en lumière les réalités vécues par les petits exploitants de cultures de base au Canada. En mettant l’accent sur une perspective au niveau de l’exploitation agricole, cette présentation contribuera aux débats en cours sur l’économie politique agraire concernant la dynamique du capital, la résistance et l’avenir de l’agriculture au Canada.

La ferme O’Brien et ses nouveaux agriculteurs : Un programme d’incubation agricole florissant dans une province agricole en déclin
Aaron Rodgers

Cette session est intitulée O’Brien Farm and New Found Farmers : un programme d’incubation agricole prospère dans une province agricole moribonde et présentée par Aaron Rodgers, directeur général de O’Brien Farm. La Fondation O’Brien Farm a été créée en 2011 sur la ferme O’Brien de 31 acres, vieille de 212 ans, située dans la ville de St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador). Lorsque le dernier membre vivant de la famille O’Brien est décédé en 2008, la ferme est tombée en ruine. Un groupe communautaire, dirigé par des professionnels du gouvernement, du patrimoine et de l’agriculture, a commencé à réimaginer la ferme comme un lieu d’apprentissage culturel et agricole.

Au cours de la décennie suivante, la ferme a été reconstruite pour devenir une ressource locale prospère avec une maison patrimoniale, un centre d’interprétation, une entreprise sociale de travail du bois, un lieu de location et un incubateur de petites exploitations agricoles. Notre programme d’incubation, New Found Farmers, a été lancé en 2021 et, au cours des cinq dernières années, a facilité le développement de huit petites entreprises agricoles et de six petites entreprises de jardinage, dont les revenus individuels varient entre 1 000 et 40 000 dollars par an. La ferme O’Brien fournit les terres, les infrastructures, l’irrigation, l’équipement et l’expertise nécessaires pour aider les nouveaux agriculteurs à se lancer dans l’agro-industrie, tout en couvrant 90 % des coûts opérationnels du programme. Cette année, quatre agriculteurs sortiront de notre programme d’incubation pour se lancer dans l’exploitation de leur propre entreprise agricole, ce qui augmentera de plus de 1 % le nombre d’exploitations agricoles à Terre-Neuve-et-Labrador. Cette présentation explorera le démarrage de ce programme et donnera un aperçu des succès et des échecs ainsi que de l’impact des programmes d’incubation d’entreprises agroalimentaires sur la sécurité alimentaire.

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Jenelle Regnier-Davies, Sara Edge, Jennifer Sumner ; Daraksha Rehman, Beccah Frasier, Aaron Vansintjan

Les coûts alimentaires au Canada ont atteint le niveau d’une crise de santé publique et, compte tenu des perturbations et des incertitudes continues associées à notre plus grand partenaire commercial, ils sont susceptibles de s’aggraver. Depuis 2020, les prix des produits alimentaires ont augmenté de près de 30 % et les bénéfices des détaillants en alimentation ont plus que doublé par rapport aux normes d’avant la pandémie (Stanford, 2023 ; Mouré, 2023). Dans le même temps, l’insécurité alimentaire s’est accélérée dans tout le pays, environ 25 % de la population canadienne connaissant l’insécurité alimentaire ou un accès inadéquat à des aliments suffisants, sûrs et nutritifs (PROOF, 2025). La méfiance croissante du public à l’égard du système hégémonique de distribution alimentaire au Canada, où cinq grandes chaînes contrôlent plus de 80 % du marché, a incité les Canadiens à dépasser le modèle des grandes surfaces et à envisager des solutions alternatives et des modèles économiques publics et communautaires.

D’une part, les appels en faveur de supermarchés financés par l’État ont gagné du terrain ces dernières années. Cette évolution reflète l’émergence d’un discours public sur les modèles alternatifs aux États-Unis et au Canada, les dirigeants politiques proposant de plus en plus une « option publique » pour la vente au détail de produits alimentaires (voir Patel et al., 2026). D’autre part, les supermarchés sociaux ou  » magasins solidaires  » sont de plus en plus répandus dans le secteur social au Canada. Ces modèles à but non lucratif ou d’économie sociale se caractérisent par la vente d’aliments en gros ou excédentaires et de biens essentiels à des prix fortement réduits et/ou dégressifs, en mettant fortement l’accent sur l’engagement local, l’entraide et la satisfaction des besoins uniques de la communauté (Bedore, 2017 ; Pettman et al., 2024 ; Wills, 2017). Les épiceries publiques et les magasins solidaires représentent des stratégies peu explorées pour réduire le fardeau des coûts alimentaires et élargir l’accès à des aliments nutritionnellement denses dans tout le pays.

Ce groupe de travail examine l’éventail des solutions de rechange en matière d’alimentation qui pourraient répondre à la crise du prix des aliments au Canada. Réunissant des leaders communautaires, des praticiens et des spécialistes du système alimentaire, ce panel invite à repenser et à explorer les mesures pratiques qui pourraient être utilisées pour construire des systèmes alimentaires plus équitables et durables et améliorer l’accès à la nourriture pour les Canadiens.

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Modérateur : Rachel Friedman (UVic)

Panélistes : Thomas University) ; Johanna Wilkes (Balsillie School of International Affairs, Wilfrid Laurier University) ; Kristen Lowitt (School of Environmental Studies, Queen’s University) ; Jodi Koberinski (Géographie et gestion de l’environnement, University of Waterloo) ; Peter Andree (Sciences politiques, Carleton University).

Bien que le Canada soit un exportateur net de produits agroalimentaires et de produits de la mer, de nombreux aliments que nous consommons quotidiennement, tels que les produits frais, le café, le cacao et les palmiers à huile, proviennent de l’extérieur de nos frontières. Cette participation active à l’économie alimentaire mondiale donne au Canada l’occasion de jouer un rôle de premier plan dans la transition vers des chaînes d’approvisionnement alimentaire plus justes et plus durables. De plus en plus, les gouvernements subissent des pressions pour assumer la responsabilité de la déforestation, de la perte de biodiversité et des injustices sociales qui sont intégrées dans les chaînes d’approvisionnement, tant au niveau national qu’à l’étranger. Compte tenu du climat politique actuel et de l’importance de la sécurité alimentaire et de la résilience commerciale, l’examen de cette opportunité est opportun et a un impact tant pour le Canada que pour ses partenaires commerciaux.

Dans son récent discours au Forum économique mondial, le Premier ministre Mark Carney a affirmé l’engagement du Canada en faveur de la durabilité et de l’établissement de relations solides dans un nouvel ordre mondial. Dans la déclaration économique d’automne 2024 du Canada, le gouvernement a également exprimé une énergie renouvelée pour la responsabilité de la chaîne d’approvisionnement et l’examen minutieux des questions relatives aux droits humains. En plus d’être une priorité nationale croissante, la politique commerciale durable ouvre des possibilités de partenariat et de démonstration du leadership mondial et de l’innovation politique en assumant la responsabilité de son empreinte mondiale, tout en créant des opportunités pour l’expansion des entreprises canadiennes.

Il est essentiel de ramener la conversation au pays pour mieux comprendre ce qui peut fonctionner au Canada, tout en abordant des questions de durabilité cruciales et urgentes. Bien qu’il existe de nombreux modèles permettant de tenir les acteurs de la chaîne d’approvisionnement responsables de leurs impacts, pour déterminer ce qui fonctionnera dans le contexte canadien, il faut explorer différentes options politiques et favoriser le dialogue entre les acteurs du processus politique dont les intérêts et les priorités en matière de performance de la chaîne d’approvisionnement sont divers.

Cette table ronde explorera les outils et processus politiques dont dispose le Canada pour éliminer les préjudices sociaux et environnementaux perpétués le long des chaînes d’approvisionnement alimentaire transnationales. Format proposé : Après les présentations et la mise en contexte, la modératrice prendra les 50 minutes suivantes pour faciliter une discussion entre les panélistes sur les trois sujets principaux : (1) les instruments politiques plausibles ; (2) les obstacles aux actions ; et (3) les lacunes en matière de recherche. Pour chaque sujet, les membres du public pourront poser des questions et contribuer à la discussion.

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À quoi ressembleraient nos systèmes alimentaires s’ils étaient fondés sur l’attention, la réciprocité et le respect de tous les êtres ?
Steffanie Scott

En tant que source de nourriture, de sens et d’appartenance, les systèmes alimentaires peuvent nous aider à reconnaître notre profond enchevêtrement avec le monde naturel. Réfléchir à la transformation relationnelle des systèmes alimentaires est l’occasion d’utiliser les cadres post-humanistes et de souveraineté alimentaire pour explorer des changements relationnels plus larges entre les humains, les acteurs non-humains et les espaces biophysiques qui les rendent possibles. Dans cette présentation, nous rendons compte d’une étude pilote menée dans un quartier central et ancien de la région de Waterloo, en Ontario, qui s’est intéressée aux identités bioculturelles : comment les habitants du quartier se sentent liés à la communauté et à la nature. Bien que l’alimentation n’ait pas été un sujet explicite de nos questions, elle est apparue comme un thème important. Lors d’entretiens semi-structurés menés en marchant dans le quartier avec les habitants, ces derniers ont parlé des sources d’alimentation d’urgence, de la culture et du séchage des herbes, de la chasse aux baies, de l’entraide et du partage de la nourriture avec les voisins humains et non-humains.

La nourriture était enracinée dans des relations nourrissantes. C’était un moyen de se connecter les uns aux autres et à la terre, y compris aux êtres plus qu’humains. Le concept de « devenir une maison de quartier » a catalysé et focalisé notre curiosité sur l’établissement de ces relations. Une maison de quartier est une « porte d’entrée vers la communauté », créant des opportunités d’engagement local en matière d’alimentation, de connaissances et de voisinage. Nous nous demandons comment chacun d’entre nous peut devenir une maison de quartier pour la communauté. Cette recherche révèle comment les gens, à l’échelle du quartier, cultivent déjà quelque chose de différent des systèmes alimentaires dominants et extractivistes d’aujourd’hui grâce à des jardins communautaires et des réseaux de soins entre voisins. Pour imaginer un avenir meilleur, il faut non seulement des solutions techniques, mais aussi des changements émotionnels, culturels et éthiques qui donnent la priorité à la connexion plutôt qu’à la consommation. La prochaine itération de cette recherche diversifiera les personnes interrogées et invitera les habitants et les organisations à co-créer des visions d’un avenir dans lequel les systèmes alimentaires sont inclusifs, résilients et liés au lieu.

Comment les acteurs du changement alimentaire gèrent les tensions entre leurs ambitions utopiques et les réalités quotidiennes
Rebecca Laycock Pedersen

Les systèmes alimentaires dominants sont écologiquement non durables et socialement injustes. Pour y remédier, les acteurs du changement alimentaire cherchent à aligner leurs pratiques quotidiennes, leurs formes d’organisation et leurs relations sur les valeurs qu’ils souhaitent concrétiser. Cependant, les efforts des agents de changement sont souvent limités. Une meilleure compréhension de ces contraintes et de la manière dont les agents de changement les surmontent peut nous éclairer sur l’efficacité relative des différentes approches, ainsi que sur la manière dont les obstacles aux transformations durables et justes du système alimentaire peuvent être surmontés. En s’appuyant sur des entretiens, cette présentation examine comment les agents de changement impliqués dans des initiatives alimentaires axées sur la durabilité et la justice à Calgary, au Canada, et à Malmö, en Suède, gèrent les tensions entre leurs ambitions préfiguratives et les contraintes qu’ils rencontrent. J’explore d’abord les stratégies utilisées par les agents de changement pour faire face, négocier ou résister à ces contraintes dans leur prise de décision quotidienne, en examinant quand ces stratégies permettent la survie et l’apprentissage, et quand elles risquent de saper le potentiel de transformation. Pour conclure, j’examine les mécanismes par lesquels les efforts de préfiguration sont limités, et comment une meilleure compréhension de ces mécanismes peut permettre une action plus stratégique pour surmonter, contourner ou démanteler les forces qui limitent les transformations vers des systèmes alimentaires durables et justes.

Comment les recommandations du deuxième rapport EAT-Lancet peuvent-elles influencer le changement de régime alimentaire et la transformation du système alimentaire ?
Amar Laila, Alicia Martin, Costanza Conti, Jennifer Clapp

Actuellement, nos systèmes alimentaires ne sont ni durables ni justes. Ils contribuent de manière significative à la transgression des limites planétaires et à des dommages environnementaux inéquitables, ainsi qu’à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition, à des salaires indignes et à des conditions de travail préjudiciables pour des millions de personnes. Les inégalités dans nos systèmes alimentaires existent à la fois entre les pays et à l’intérieur des pays.

L’analyse des régimes alimentaires permet de comprendre comment les systèmes alimentaires mondiaux sont façonnés par les puissances dominantes de l’époque. Le capitalisme a favorisé la croissance et l’intensification de la production alimentaire et la mondialisation des systèmes alimentaires. Compte tenu de la non-durabilité et des injustices des systèmes alimentaires, des chercheurs, des gouvernements et des organisations de la société civile ont appelé à la transformation des systèmes alimentaires.
Le 2e rapport EAT-Lancet sur la justice et la durabilité des systèmes alimentaires est l’un de ces appels importants et récents à la transformation des systèmes alimentaires. Les solutions proposées comprennent, sans s’y limiter, la promotion d’un régime alimentaire respectueux de la santé de la planète, la mise en place de repas scolaires, l’intensification de la production à l’aide de pratiques écologiques, la réduction de moitié des pertes et des déchets alimentaires, l’amélioration et l’élargissement de la couverture des politiques de protection sociale et l’augmentation des salaires pour les travailleurs des systèmes alimentaires. Une telle transformation est difficile et nécessitera l’adhésion et la collaboration de tous les secteurs. En outre, certains chercheurs affirment que des changements structurels sont nécessaires. Le présent document vise donc à déterminer où se situent les recommandations de la deuxième édition du Livre blanc du TSA au sein des différents régimes alimentaires.

Dans cet article de perspective, nous analysons les solutions proposées dans le deuxième rapport EAT-Lancet à l’aide d’une analyse du régime alimentaire. Nous montrons que la plupart des solutions relèvent d’un régime alimentaire progressiste et que certaines solutions relèvent d’un régime alimentaire radical, de sorte qu’il est nécessaire de repenser et de remodeler radicalement les régimes alimentaires actuels pour parvenir à transformer le système alimentaire. Ce document examine également les implications des changements géopolitiques actuels sur les efforts de transformation du système alimentaire. Cette analyse est importante car elle montre comment le rapport influence (ou non) le changement de régime alimentaire et la transformation des systèmes alimentaires.

L’alimentation en tant qu’agent de changement : Le mouvement alimentaire pour la santé planétaire
Maddie Youngman

Cette présentation décrit les défis urgents posés par les systèmes alimentaires actuels, qui contribuent de manière substantielle aux émissions de gaz à effet de serre, à la dégradation de l’environnement, à la perte de biodiversité et aux maladies chroniques. Les systèmes alimentaires industrialisés compromettent également les moyens de subsistance des agriculteurs, l’éducation alimentaire et la justice sociale, tout en entraînant une augmentation des coûts des soins de santé et des maladies évitables. Les environnements alimentaires, y compris les hôpitaux et les universités, ne parviennent pas à proposer des options suffisamment nourrissantes et durables. En l’absence de changements significatifs dans la fourniture d’aliments par les institutions, entraînant des changements sociétaux, les objectifs internationaux en matière de santé et de climat ne seront pas atteints. Malgré le potentiel des institutions publiques à tirer parti de leur influence, de leur mandat et de leur succès, un mouvement planétaire en faveur de l’alimentation saine n’a pas encore vu le jour. Pour relever les défis liés à l’alimentation, il faut une collaboration coordonnée, intersectorielle et interdisciplinaire. Les acteurs individuels ont un impact limité, mais les coalitions – couvrant la société civile, les universités et les gouvernements – étendent l’influence et les ressources, permettant la co-conception et la mise en œuvre de régimes alimentaires qui soutiennent la santé planétaire, y compris la durabilité. Au cours des cinq dernières années, des organisations, des alliances et des coalitions ont travaillé à la co-conception de mouvements en faveur d’une alimentation durable afin de déclencher les changements nécessaires, démontrant ainsi l’existence de partenariats stratégiques puissants. De tels partenariats sont essentiels pour des interventions, des communications et des outils efficaces afin de déclencher des changements positifs dans un contexte d’incertitude et de complexité. Les universitaires et les praticiens de la communauté collaborent pour répertorier et développer les efforts créatifs et collectifs visant à perturber les modèles dominants du système alimentaire qui menacent la santé humaine et planétaire. Cette présentation s’appuie sur des théories et des pratiques éprouvées pour transformer les systèmes alimentaires afin qu’ils soient plus équitables et durables ; nous mettons en lumière et critiquons les initiatives qui améliorent les systèmes alimentaires institutionnels dans tous les secteurs. Nous conclurons par des stratégies qui catalysent les changements dans la culture alimentaire institutionnelle et les environnements afin d’accélérer le mouvement alimentaire pour la santé planétaire.

De la terre à la mer : Cultiver la résilience grâce à des réseaux alimentaires alternatifs
Bruna Negri

Les systèmes alimentaires contemporains sont caractérisés par de profondes contradictions, produisant l’abondance en même temps que des inégalités sociales et écologiques persistantes. Le changement climatique et les récents chocs mondiaux tels que la pandémie de COVID-19 ont encore mis en évidence la fragilité des régimes alimentaires industriels dominants, soulignant la nécessité de trouver des voies alternatives qui favorisent la résilience, la justice et la durabilité. Cette recherche explore le rôle des réseaux alimentaires alternatifs (AFN) dans la résilience du système alimentaire à travers une perspective comparative et intersectorielle qui fait le lien entre les systèmes alimentaires terrestres et marins. S’appuyant sur une étude de cas multiples, cette recherche examine deux réseaux alimentaires alternatifs opérant dans le Nord global. L’un des cas porte sur un réseau terrestre centré sur la régénération des sols et les pratiques agricoles durables, tandis que l’autre examine un réseau communautaire de produits de la mer qui soutient les pêcheries à petite échelle et les systèmes alimentaires locaux. Ensemble, ces cas permettent une analyse intégrée de la manière dont les réseaux alimentaires terrestres et marins réagissent aux perturbations environnementales, économiques et sociales, tout en naviguant dans les relations de pouvoir, les structures de gouvernance et les questions d’accès et d’équité.

L’étude s’appuie sur les théories de la résilience et de la transformation, sur la perspective multiniveaux des transitions sociotechniques et sur l’heuristique des « trois sphères de la transformation », ainsi que sur un cadre d’écologie politique ancré dans la recherche latino-américaine. D’un point de vue méthodologique, la recherche combine l’analyse de documents, des entretiens semi-structurés et des entretiens sur l’histoire de la vie, ainsi que l’observation des participants, afin de déterminer comment les valeurs, les relations et les stratégies évoluent au sein de ces réseaux au fil du temps.

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Ben Earle, Josephine Grey

Ce panel examine le revenu de base en tant qu’outil politique nécessaire, mais incomplet, pour faire progresser la sécurité alimentaire et transformer les systèmes alimentaires au Canada, en mettant l’accent sur l’Ontario.

L’adéquation des revenus est l’un des meilleurs indicateurs de la sécurité alimentaire des ménages. Pourtant, les interventions actuelles restent fragmentées et font porter la responsabilité sur les individus au lieu de s’attaquer aux inégalités structurelles. Le revenu de base constitue une base stable et digne qui réduit la précarité tout en remodelant les conditions sociales et économiques dans lesquelles les acteurs du système alimentaire opèrent, notamment en renforçant la demande et la viabilité des aliments produits localement.

Les panélistes exploreront trois thèmes interconnectés.

  • Tout d’abord, ils expliqueront pourquoi le revenu de base est essentiel pour réduire l’insécurité alimentaire, mais ne peut pas, à lui seul, résoudre des problèmes plus profonds tels que la concentration des entreprises, les obstacles à l’accès à la terre et l’érosion des économies alimentaires locales.
  • Deuxièmement, ils mettront en évidence le fait que le revenu de base est une plateforme pour une transformation plus large du système alimentaire, qui approfondit les relations entre les personnes et la terre, les communautés rurales et urbaines, et les producteurs et les consommateurs.
  • Troisièmement, la discussion examinera comment les cultivateurs, les producteurs, les transformateurs à petite échelle et les organisations alimentaires communautaires bénéficient lorsque les résidents ont un pouvoir d’achat stable, une réduction du stress financier et une plus grande capacité à participer aux réseaux alimentaires locaux. Ces conditions favorisent une production alimentaire locale plus résiliente et renforcent les systèmes alimentaires communautaires. En réunissant des chercheurs, des praticiens communautaires et des acteurs du système alimentaire, cette séance fait progresser les objectifs du Forum en matière de partage des connaissances, de renforcement de l’expertise sociale et de développement d’objectifs sectoriels communs.

Le panel vise à susciter de nouvelles collaborations et à contribuer à un système alimentaire plus équitable, plus durable et plus souverain – un système fondé sur des relations sociales plus fortes et une table plus large et plus inclusive.

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Dr. Andrew Spring, Chef Lloyd Chicot, Mindy Price, Jennifer Temmer

Les systèmes alimentaires nordiques sont de plus en plus façonnés par des pressions sociales, écologiques et politico-économiques qui s’entrecroisent. Dans des régions telles que les Territoires du Nord-Ouest, l’insécurité alimentaire est comprise en relation avec les impacts continus du colonialisme, la fragilité des chaînes d’approvisionnement, l’augmentation du coût de la vie et la marginalisation sociale et économique.

Ce panel réunit des leaders autochtones et des chercheurs communautaires pour examiner de manière critique ces conditions et explorer l’agroécologie en tant que voie vers des systèmes alimentaires nordiques plus résilients, plus justes et plus ancrés dans la culture. Les panélistes discuteront des principaux défis auxquels sont confrontées les communautés nordiques en matière de systèmes alimentaires, notamment le changement climatique, l’augmentation du coût des denrées alimentaires, les menaces pesant sur les connaissances et la culture locales, ainsi que les politiques inadéquates, et proposeront des solutions communautaires pour surmonter ces défis et créer des systèmes alimentaires plus résilients, plus durables et plus équitables. En situant l’agroécologie dans un contexte nordique, le panel souligne qu’il ne s’agit pas d’une solution importée, mais d’une approche liée aux systèmes de connaissances autochtones, aux relations sociales et aux structures de gouvernance. Des exemples de communautés nordiques illustreront comment les pratiques agroécologiques peuvent renforcer la continuité culturelle, soutenir les économies locales et améliorer la résilience au changement climatique.

En fin de compte, ce panel soutient que l’agroécologie dans le Nord offre une alternative vitale à l’agriculture conventionnelle qui soutient la souveraineté alimentaire, rétablit les relations avec la terre et crée des systèmes alimentaires nordiques plus justes et plus durables face aux pressions coloniales, climatiques et socio-économiques actuelles.

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Les marchés et cuisines solidaires comme espaces de création et de renforcement des relations sociales et des communautés
Laurence Godin, Cloé Bélanger, Blossom Belzile

Cette communication présente les résultats d’un projet de recherche mené dans la ville de Québec qui porte sur le développement d’un système alimentaire durable et juste à l’échelle d’un quartier. L’observation des cuisines solidaires et des marchés solidaires, ainsi que les entretiens avec les personnes qui y participent et avec les organisateurs communautaires, ont montré que ces espaces sont de puissants générateurs de relations sociales et d’intégration ; ils offrent aux gens la possibilité de se rencontrer, de se connecter et de travailler les uns avec les autres d’une manière qui atténue les effets des privilèges, masque les vulnérabilités et contribue à l’autonomisation des participants les plus défavorisés, redéfinissant ainsi leur position au sein de la communauté.

La lutte contre les inégalités est un objectif important des initiatives qui font partie de cette étude. Cependant, le concept de justice alimentaire n’est pas bien adapté pour rendre compte des dynamiques qu’elles créent. L’idée derrière la justice alimentaire, en tant que concept et mouvement, est de déconstruire les structures de pouvoir et d’oppression qui pèsent lourdement sur les populations marginalisées et les différents acteurs du système alimentaire. Si la promotion de systèmes alimentaires plus justes fait partie des intentions des marchés et cuisines solidaires que nous avons étudiés, leurs effets se situent à un autre niveau, à savoir dans la création et le renforcement de communautés et de solidarités. C’est pourquoi, afin de réfléchir aux relations qui se forment et aux communautés qui se créent dans ces espaces, nous proposons le concept de solidarité alimentaire. Ce concept vise à rendre compte de la manière dont les marchés et les cuisines solidaires, entre autres, peuvent représenter des points d’ancrage à partir desquels les gens se connectent les uns aux autres, investissent leurs quartiers et leurs communautés, et agissent sur les manifestations concrètes des inégalités socio-économiques, d’une manière qui conduit finalement à l’action politique et à la formation de collectifs politiques.

Donner du pouvoir aux exclus : Les détaillants alimentaires alternatifs comme catalyseurs de la justice sociale et de l’action au Québec
Ali Romdhani

La gouvernance du système alimentaire est actuellement confrontée à un « verrouillage » dominé par la concentration des entreprises, où 80 % du marché canadien est contrôlé par cinq acteurs majeurs. Ce déséquilibre de pouvoir maintient les agriculteurs dans la précarité et oblige les consommateurs – en particulier ceux issus de milieux marginalisés – à jouer un rôle passif au sein d’un système qui privilégie le profit à l’équité. Cette recherche positionne les détaillants alimentaires alternatifs (DAA) non seulement comme des magasins, mais aussi comme des espaces d’innovation sociale conçus pour redonner du pouvoir à ceux qui sont traditionnellement exclus de la politique et du leadership alimentaires. En s’appuyant sur la théorie de la pratique, nous étudions la « jonction de la consommation » pour comprendre comment les DAA s’engagent spécifiquement avec les populations au-delà de la démographie « privilégiée » typiquement associée à la consommation durable. Notre étude montre comment les épiceries et les coopératives gérées par les communautés vont au-delà de la « responsabilité individuelle » néolibérale pour favoriser l’autonomisation collective. En intégrant les citoyens marginalisés dans les opérations quotidiennes et la gouvernance, ces détaillants fournissent une plateforme pour « l’infra-politique », c’est-à-dire la politisation de la vie de tous les jours. Par le biais d’entretiens semi-structurés et d’observations « au fil de l’eau », nous explorons la manière dont les AFR réduisent la déresponsabilisation en stimulant la motivation intrinsèque, la compétence et l’autodétermination. Cette recherche contribue à l’objectif du Forum de « dresser une table plus grande » en démontrant comment les modèles alternatifs de vente au détail peuvent démanteler les barrières systémiques, garantissant que la transition vers un système alimentaire durable est à la fois écologiquement saine et socialement juste.

Du partage des terres aux marchés de producteurs : Cartographie des réseaux alimentaires alternatifs (RAA) au Canada
Alissa Overend

L’insécurité alimentaire au Canada n’a jamais été aussi élevée et connaît sa troisième augmentation consécutive en trois ans (Proof, 2025). Si l’on ajoute à cela l’augmentation des prix dans les épiceries et l’explosion des profits des entreprises alimentaires, il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes cherchent des solutions de rechange viables au système alimentaire actuel (Patel, Vansintjan, Paskal et Schweizer, 2026). Cette recherche fournit la première analyse comparative du contenu des APN au Canada. Bien qu’il y ait eu beaucoup d’écrits sur les RAA (Edwards, 2016 ; Wilson et Levkoe, 2022 ; Wittman, 2023), aucune étude à ce jour n’a offert une vue d’ensemble complète, à l’échelle du pays, des programmes spécifiques qui y sont mis en œuvre. Tenant compte des critiques selon lesquelles certains RAA se concentrent trop étroitement sur le changement des systèmes alimentaires (Edwards, 2016 ; Fourat et al., 2020 ; Levkoe et al., 2019 ; Maye, 2013), cette recherche documentera les programmes et initiatives spécifiques en cours en recherchant les similitudes et les différences dans leurs offres, tout en analysant également les degrés auxquels ils font progresser le changement systémique basé sur les facettes clés de la souveraineté alimentaire. Les données secondaires ont été collectées à l’aide d’une analyse de contenu et d’une analyse comparative, efficaces pour les échantillons de grande taille (Neuendorf, 2017). Les données ont été collectées à l’aide du contenu du site Web et des médias sociaux accessibles au public – y compris les déclarations de mission et de valeur, les affichages et notifications d’événements, les descriptions de programmes publics, les règlements et d’autres contenus en ligne. Les données ont été organisées et analysées i) par province (les dix provinces ont été incluses, à l’exclusion des territoires du Nord en raison de leurs spécificités culturelles, géographiques et historiques) ; ii) par ville (les quatre plus grandes villes de chaque province ont été sélectionnées en fonction de la taille de leur population et de leur répartition géographique) ; et iii) par secteur (c.-à-d. programmes communautaires, gouvernementaux ou à but lucratif). Cette recherche a pour but de documenter et d’explorer ce que font les RAA au Canada et où il y a des lacunes importantes dans leurs offres.

Renforcer les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires du Nord de l’Ontario grâce à des interventions axées sur l’approvisionnement local
Morel Kotomale, Acheton Altenor, Ghasem Shiri

L’insécurité alimentaire demeure un enjeu majeur de santé publique dans le Nord de l’Ontario, où plus de 20 % des ménages du Nord-Ouest en sont affectés, exacerbant les disparités socio-économiques régionales. Cette étude vise à identifier les principaux obstacles à l’approvisionnement alimentaire local, à tester des interventions permettant de renforcer les liens entre producteurs, transformateurs et acheteurs, à promouvoir des chaînes de production durables et à diffuser les connaissances générées auprès des acteurs locaux. L’étude s’appuie sur une approche par méthodes mixtes. Une revue systématique de la littérature a d’abord été menée afin d’analyser les obstacles à l’approvisionnement local, permettant d’identifier 30 barrières regroupées en sept catégories. Cette analyse a été complétée par quatre groupes de discussion réunissant des acteurs clés du système alimentaire, une étude de cas descriptive de l’Algoma Produce Auctions (APA) selon le cadre méthodologique de Yin (2018), ainsi que l’analyse de deux histoires de réussite. Les résultats mettent en évidence des goulots d’étranglement majeurs aux niveaux de la production, de la transformation et de la distribution. Plusieurs stratégies d’intervention sont proposées, incluant, au niveau fédéral, des subventions plus flexibles (p. ex. AgriStabilité), des investissements en infrastructures (p. ex. stockage à froid), l’intégration de clauses de préférence locale dans les marchés publics et des programmes élargis d’adoption technologique (p. ex. SNAPP). Au niveau provincial, les mesures recommandées comprennent la réduction des barrières tarifaires et le renforcement de la formation. Enfin, au niveau municipal, des initiatives telles que l’adoption de chartes alimentaires (p. ex. le modèle de Thunder Bay), la mise en œuvre de projets pilotes en résidences collectives et le développement d’annuaires régionaux d’agroentreprises sont proposées.

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Exploration des options politiques pour la responsabilité environnementale dans le commerce agroalimentaire du Canada
Rachel S Friedman

Les chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales jouent un rôle important dans la crise environnementale mondiale actuelle, entraînant la perte d’habitat, la déforestation et les émissions de gaz à effet de serre, largement associées aux produits de base échangés entre les économies en développement et les nations industrialisées. Alors que les pays consommateurs testent de nouvelles approches réglementaires pour réduire les dommages sociaux et environnementaux persistants liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales, la manière d’atténuer ces impacts reste une question controversée, avec des intérêts et des valeurs divergents qui tentent de façonner l’élaboration des politiques. Si le Canada a récemment fait progresser la responsabilité des entreprises en matière de droits de l’homme en adoptant la loi sur l’esclavage moderne (2024), il ne dispose toujours pas de mécanismes comparables pour traiter les impacts environnementaux liés aux importations de produits agroalimentaires. Inspirée par la théorie de l' »ajustement institutionnel », cette étude examine comment les options politiques canadiennes potentielles s’alignent sur les intérêts, les priorités, les capacités et les normes des acteurs de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire nationale, et identifie les obstacles politiques et pratiques associés à la conception de mesures politiques efficaces en matière de durabilité environnementale. Pour ce faire, nous réunissons divers experts par le biais d’un Delphi politique : deux enquêtes en ligne séquentielles suivies d’un atelier visant à promouvoir le dialogue. Les panélistes apportent leur expertise dans le secteur agroalimentaire, la responsabilité des entreprises, la durabilité de la chaîne d’approvisionnement et la politique internationale/commerciale. Les résultats mettent en évidence les points d’accord et de désaccord, la diligence raisonnable obligatoire de la chaîne d’approvisionnement et d’autres mesures réglementaires occupant une place prépondérante, tandis qu’un sous-ensemble de personnes interrogées privilégie les mécanismes d’incitation. Malgré un soutien général aux mesures obligatoires, les répondants ont exprimé leurs préoccupations quant à la conception de politiques sans consultation adéquate, nuisant de manière disproportionnée aux petites entreprises et aux acteurs marginalisés, y compris les petits exploitants agricoles, et imposant des modèles de gouvernance externes aux pays producteurs d’une manière qui ressemble à des formes contemporaines de colonialisme économique ou réglementaire. Bien qu’il soit peu probable qu’une politique unique réponde à l’éventail des préférences et des préoccupations soulevées dans cette étude, les résultats aident à établir une base pour définir la combinaison de politiques adaptées au secteur des importations agroalimentaires du Canada.

Politiques municipales d’aménagement du territoire favorisant des systèmes alimentaires équitables et durables
Cyndie Pearson

Les systèmes alimentaires sont façonnés par les relations sociales qui lient les personnes, la terre et la gouvernance. L’aménagement du territoire est un levier puissant mais sous-examiné pour favoriser l’accès à des aliments nutritifs et protéger les terres agricoles. La présentation partagera les résultats d’une étude rapide menée par Les diététistes de l’Ontario en santé publique, qui posait la question suivante : Quelles sont les politiques municipales d’aménagement du territoire qui favorisent efficacement un système alimentaire équitable et durable ? L’étude a synthétisé la littérature évaluée par les pairs et la littérature grise (2013-2023) portant sur les politiques liées à la préservation des terres agricoles, à l’accès aux aliments et à la sécurité alimentaire des collectivités. Les conclusions indiquent que les politiques descendantes d’utilisation des terres, en particulier lorsqu’elles sont associées à des initiatives alimentaires communautaires ascendantes, sont associées à une meilleure protection des terres agricoles. Les approches de planification multifonctionnelle qui reconnaissent les systèmes alimentaires comme des sources de patrimoine culturel, de services écologiques, d’activité économique et de santé sont liées à des modèles de développement plus denses qui conservent les terres agricoles tout en améliorant l’accès à la nourriture locale. La structure gouvernementale et la collaboration interministérielle ont fortement influencé l’intégration des questions agricoles et alimentaires dans la politique de planification, et la coordination entre les niveaux municipal, provincial et fédéral ainsi que l’alignement sur les stratégies agricoles et alimentaires communautaires ont amélioré l’efficacité. L’engagement de divers partenaires communautaires, dont la santé publique, les défenseurs de l’alimentation locale et le secteur agroalimentaire, ainsi que la présence d’une forte volonté politique, ont été des facteurs déterminants. L’examen a permis d’identifier des leviers d’action pour la pratique. L’implication de la santé publique dans les processus de planification officiels, la défense de la protection des terres agricoles, les cadres de planification multifonctionnels et la collaboration intersectorielle peuvent renforcer les systèmes alimentaires locaux. S’inscrivant dans le cadre des piliers du Forum que sont les personnes et les terres, les communautés rurales et urbaines et les personnes dans/et les systèmes alimentaires, cette session invite au dialogue entre la santé publique, le gouvernement, les acteurs de l’agriculture et des systèmes alimentaires, les communautés autochtones, les chercheurs, les planificateurs et les organisations communautaires, sur la manière dont la politique d’utilisation des terres peut permettre de construire une table plus grande.

Atteindre une croissance optimale des économies alimentaires locales : jusqu’où est-ce suffisant ?
John Wagner, Kaitlyn Adam

Dans cet article, nous décrivons les caractéristiques du mouvement alimentaire local dans le bassin supérieur du fleuve Columbia et évaluons dans quelle mesure il pourrait remplacer le système alimentaire industriel qui continue de dominer la région. Nous nous concentrons plus particulièrement sur la région de l’Okanagan en Colombie-Britannique, mais nous incluons également des informations sur le centre des Kootenays et sur la région du Columbia Basin Project dans le centre de l’État de Washington. Notre équipe a mené 23 entretiens semi-structurés avec des responsables de diverses initiatives alimentaires locales (IAL), a fourni de la main-d’œuvre agricole bénévole pour plusieurs initiatives et a examiné un grand nombre de documents publiés et d’informations sur les sites Web. Bien que nos résultats démontrent que les IFL offrent de nombreux avantages positifs, tels que le renforcement de la souveraineté et de la sécurité alimentaires régionales, une économie locale plus forte, une meilleure résilience écologique et des liens plus profonds avec la communauté, la terre et la nourriture, ils soulignent également le fait que les IFL sont confrontés à des obstacles importants en ce qui concerne les coûts de la terre et de la main-d’œuvre, ainsi que les inefficacités dans les réseaux de stockage, de transformation, de distribution et de vente des aliments locaux. Ils révèlent également que les agences gouvernementales responsables de la politique alimentaire n’ont pas pour mandat de rééquilibrer le système alimentaire global en faveur des LFI, et que les LFI eux-mêmes ne formulent pas d’objectifs clairs quant au pourcentage d’aliments locaux qui, dans l’idéal, devraient ou pourraient être cultivés localement. Dans cet article, nous soutenons qu’il est peu probable que les IFT atteignent leur plein potentiel en l’absence d’objectifs clairs et convenus concernant la taille optimale de l’économie alimentaire locale, des objectifs qui doivent équilibrer les objectifs parfois contradictoires du revenu agricole avec la souveraineté alimentaire, la sécurité alimentaire, la résilience écologique et le bien-être des individus et des communautés.

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Sarah Siska, Madeline (Maddie) Marmor, Celeste Smith, Bryan Dale, Jessie MacInnis

Dans des contextes très divers, les communautés s’efforcent de transformer les systèmes alimentaires dans le sens de la justice, de la réciprocité et du bien-être collectif. Bien qu’une grande partie du travail sur les systèmes alimentaires soit ancrée localement, il est de plus en plus façonné par des relations, des luttes et des mouvements qui s’étendent au-delà des frontières. Les espaces internationaux de convergence peuvent jouer un rôle essentiel dans le renforcement de ces liens, tout en soulevant des questions importantes sur la manière dont la solidarité est pratiquée, traduite et maintenue dans tous les contextes.

Cette table ronde rassemble les réflexions des membres de la délégation nord-américaine au 3e Forum mondial de Nyéléni sur la souveraineté alimentaire, qui s’est tenu à Kandy, au Sri Lanka, en septembre 2025. En s’appuyant sur les expériences du Forum et sur les travaux en cours des participants au Canada, la séance explore la manière dont les mouvements mondiaux de souveraineté alimentaire informent, remettent en question et approfondissent les efforts locaux et régionaux en matière de systèmes alimentaires. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les résultats, les panélistes mettront l’accent sur le processus : l’établissement de relations, l’éducation politique, les tensions et les possibilités de travailler au-delà des différences.

La séance invitera au dialogue sur ce que signifie « dresser une plus grande table » dans le travail sur les systèmes alimentaires, une table qui met l’accent sur la justice, la réciprocité et la responsabilité, tout en renforçant les liens entre la recherche, l’organisation et la pratique. Les participants repartiront avec des idées sur la façon dont la solidarité internationale peut soutenir un travail sur les systèmes alimentaires plus ancré, relationnel et transformateur dans les soi-disant contextes canadiens et au-delà.

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Allison Penner, Dr. Heather McLeod-Kilmurray, Patricia Galvao-Ferreira, Tasha Sioufi Stansbury, Taite Palidwar

Environ la moitié de la nourriture produite au Canada est gaspillée ou perdue, alors qu’il existe des solutions juridiques et politiques qui se sont avérées efficaces à l’échelle mondiale. Ce panel sera co-animé par Allison Penner (directrice exécutive de Reimagine Agriculture), Dr. Heather McLeod-Kilmurray (professeur de droit à l’Université d’Ottawa) et Prof Patricia Galvao-Ferreira, Schulich School of Law, Dalhousie University Tasha Sioufi Stansbury (étudiante en doctorat à l’Université d’Ottawa), et Taite Palidwar (étudiante en droit à l’Université d’Ottawa). Il présentera le contexte actuel des pertes et gaspillages alimentaires au Canada, y compris leurs liens avec le changement climatique, l’accessibilité et l’insécurité alimentaires, et la concentration des entreprises dans le système alimentaire. Il s’agira notamment de discuter des endroits où la nourriture est gaspillée tout au long de la chaîne d’approvisionnement et du contexte plus large dans lequel ces ressources précieuses ne sont pas valorisées et priorisées. Les panélistes parleront également de leur expérience concrète de la fouille des poubelles, de la récupération d’aliments et de leur témoignage sur les préjudices subis par les animaux dans le cadre du système alimentaire.

Ensuite, le groupe d’experts fera référence à des études de cas mondiales réussies et soulignera les solutions juridiques et politiques connexes au Canada. Il s’agit notamment de mettre en œuvre le cadre de la loi sur les mesures cibles, d’augmenter les dons de nourriture (notamment en clarifiant la responsabilité), de réduire l’utilisation des dates de péremption, d’interdire les déchets organiques dans les décharges et de mettre en place des cadres institutionnels pour développer des collaborations cruciales.Le panel sera conçu pour permettre le partage des connaissances et créer des réseaux intersectoriels essentiels entre les domaines de pratique et les différents niveaux de juridiction.

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Évaluer les impacts et affirmer les valeurs sur une frontière climatique spéculative
Mindy Price

Les diététistes en santé publique de l’Ontario ont mené une étude rapide pour répondre à la question suivante : Quelles sont les structures de gouvernance qui soutiennent les systèmes alimentaires locaux et comment leur efficacité est-elle mesurée ? Les diététiciens qui travaillent dans le domaine de la santé de la population sont de plus en plus confrontés à des défis liés au système alimentaire qui ont un impact sur les comportements nutritionnels, tels que l’insécurité alimentaire, le changement climatique et les obstacles à la souveraineté alimentaire. Pour éclairer la pratique de la santé publique, cette revue a synthétisé les preuves publiées entre 2018 et 2023 sur la collaboration multisectorielle locale et régionale pour les systèmes alimentaires durables. Les conclusions ont été organisées en trois domaines : les structures de gouvernance, les éléments requis pour les construire et les maintenir, et les mesures de l’efficacité. Les structures de gouvernance comprenaient des modèles internes (intégrés au gouvernement), externes (dirigés par la communauté) et hybrides (autorité partagée). Les modèles hybrides étaient les plus courants, reflétant la nécessité d’une collaboration entre la santé publique, la planification, l’agriculture, les organisations communautaires et la société civile.

L’étude a permis d’identifier cinq éléments clés des structures de gouvernance : (1) une vision commune, (2) des membres diversifiés, équitables et inclusifs, (3) une action coordonnée, (4) une relation avec le gouvernement local et (5) l’acquisition de ressources. Ensemble, ces éléments ont permis aux réseaux de faire évoluer les politiques, de renforcer l’engagement communautaire et d’intégrer les priorités des systèmes alimentaires dans des stratégies municipales plus larges.

Bien qu’il soit difficile de mesurer l’efficacité, les réseaux Communautés Nourricières ont démontré des impacts tangibles tels que l’avancement des politiques, l’augmentation de l’engagement communautaire, les initiatives de production alimentaire durable et l’intégration des objectifs du système alimentaire dans les processus de planification municipale. Dans l’ensemble, l’étude souligne que les structures de gouvernance, en particulier celles qui équilibrent le leadership communautaire et le partenariat gouvernemental, peuvent renforcer la sécurité alimentaire, la durabilité et l’équité en matière de santé, et offre des idées pratiques pour renforcer la gouvernance des systèmes alimentaires locaux en Ontario.

Les racines de la concentration dans le secteur canadien de la distribution alimentaire
Rachael Vriezen

La majorité des Canadiens se procurent leurs aliments dans des épiceries ou des supermarchés, et quatre grandes entreprises seulement contrôlent 66 % du secteur de l’alimentation au Canada. Alors que les prix des denrées alimentaires augmentent et que les bénéfices des entreprises s’envolent, le pouvoir que pourraient exercer les géants de la distribution alimentaire sur un marché aussi concentré suscite de plus en plus d’inquiétudes. Par exemple, les distributeurs dominants pourraient être en mesure d’exercer un pouvoir disproportionné sur les fournisseurs et les consommateurs, ce qui aurait des conséquences négatives telles que des prix plus élevés, des choix plus restreints et moins d’opportunités de participer de manière significative à la gouvernance. Il est essentiel de comprendre comment le secteur consolidé de la vente au détail de produits alimentaires a émergé au Canada pour élaborer des stratégies visant à remédier aux effets néfastes de la concentration et à promouvoir des transitions justes et durables des systèmes alimentaires. Cette présentation discutera des résultats préliminaires d’une analyse de suivi des processus qui identifie les facteurs contribuant au développement historique du secteur de l’épicerie consolidée au Canada ; ces facteurs comprennent la financiarisation croissante du secteur, la concentration antérieure dans les industries en amont, et la recherche d’économies d’échelle. L’analyse identifie également les conditions historiques favorables qui ont facilité ces processus, notamment le développement de l’infrastructure de transport à travers le Canada, les changements dans l’idéologie des consommateurs après la Seconde Guerre mondiale et les changements ultérieurs vers des priorités politiques néolibérales. Ce document met en évidence la manière dont les processus historiques affectent la distribution alimentaire moderne, tout en contribuant à notre compréhension de l’évolution du pouvoir des entreprises dans les systèmes alimentaires et des défis permanents que ce pouvoir pose aux personnes qui en font partie.

Une étude de cas sur la gouvernance de la crise des prix des produits alimentaires au Canada
Deborah Komarnisky

Sous l’influence de l’insécurité alimentaire croissante, ma recherche examine les prix des produits d’épicerie entre août 2022 et février 2024 en tant que  » crise sociale « . J’examine trois acteurs clés qui parlent de la crise et de son impact : les citoyens-consommateurs qui luttent contre l’accessibilité des aliments ; les acteurs gouvernementaux qui subissent des pressions pour réagir ; et les épiciers de détail au Canada, qui défendent leurs prix et leurs marges de profit. Dans ce contexte, l’alimentation elle-même devient un objet de gouvernance, encadré par des récits contradictoires sur l’accessibilité des aliments, l’insécurité alimentaire et les profits des épiceries de détail. Cette lutte pour façonner le discours dominant sur l’alimentation met en évidence les tensions en matière de gouvernance, soulevant des questions sur le moment, la manière et la raison pour laquelle les gouvernements doivent intervenir et avec quels outils. J’analyse les récits concurrents dans deux sites spécifiques de création de sens : l’étude de marché du Bureau de la concurrence, menée entre octobre 2022 et juin 2023, et l’enquête du Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes, menée entre novembre 2022 et février 2024. Les récits émergents décrivent la gouvernance soit comme un moyen de garantir l’accès à la nourriture, soit comme une ingérence dans le marché capitaliste. Mon projet de recherche se concentre sur la fixation des prix des produits d’épicerie dans ce contexte, qui a suscité des réponses gouvernementales spécifiques à l’insécurité alimentaire au Canada. Ma principale question de recherche est de savoir ce que l’augmentation du prix des produits alimentaires, largement présentée comme une crise, révèle sur la façon dont la nourriture est transformée en objet de gouvernance au Canada, et quelles sont les conséquences sociales qui en découlent.

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Des structures de gouvernance qui soutiennent les systèmes alimentaires locaux
Sharmini Balakrishnan

Les diététistes en santé publique de l’Ontario ont mené une étude rapide pour répondre à la question suivante : Quelles sont les structures de gouvernance qui soutiennent les systèmes alimentaires locaux et comment leur efficacité est-elle mesurée ? Les diététiciens travaillant dans le domaine de la santé de la population sont de plus en plus confrontés à des défis liés au système alimentaire qui ont un impact sur les comportements nutritionnels, tels que l’insécurité alimentaire, le changement climatique et les obstacles à la souveraineté alimentaire. Afin d’éclairer la pratique de la santé publique, cette revue a synthétisé les preuves publiées entre 2018 et 2023 sur la collaboration multisectorielle locale et régionale pour des systèmes alimentaires durables. Les résultats ont été organisés en trois domaines : les structures de gouvernance, les éléments requis pour les construire et les maintenir, et les mesures de l’efficacité. Les structures de gouvernance comprenaient des modèles internes (intégrés au gouvernement), externes (dirigés par la communauté) et hybrides (autorité partagée). Les modèles hybrides étaient les plus courants, reflétant la nécessité d’une collaboration entre la santé publique, la planification, l’agriculture, les organisations communautaires et la société civile. L’étude a permis d’identifier cinq éléments clés des structures de gouvernance : (1) une vision commune, (2) des membres divers, équitables et inclusifs, (3) une action coordonnée, (4) une relation avec le gouvernement local et (5) l’acquisition de ressources. Ensemble, ces éléments ont permis aux réseaux de faire évoluer les politiques, de renforcer l’engagement communautaire et d’intégrer les priorités des systèmes alimentaires dans des stratégies municipales plus larges. Bien qu’il soit difficile de mesurer l’efficacité, les réseaux de systèmes alimentaires ont démontré des impacts tangibles tels que des avancées politiques, un engagement communautaire accru, des initiatives de production alimentaire durable et l’intégration des objectifs des systèmes alimentaires dans les processus de planification municipale. Dans l’ensemble, l’étude souligne que les structures de gouvernance, en particulier celles qui équilibrent le leadership communautaire et le partenariat gouvernemental, peuvent renforcer la sécurité alimentaire, la durabilité et l’équité en matière de santé, et offre des idées pratiques pour renforcer la gouvernance du système alimentaire local en Ontario.

Engagement de la société civile dans la gouvernance des systèmes alimentaires au Canada atlantique
Monika Korzun, Laura Steeves

Les organisations de la société civile œuvrant en alimentation au Canada atlantique jouent un rôle de plus en plus important dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, les inégalités et les perturbations des systèmes alimentaires liées au climat. De plus en plus, ces organisations reconnaissent qu’un changement significatif exige un engagement non seulement dans la prestation de services, mais aussi dans la gouvernance des systèmes alimentaires. Ce projet de recherche examine comment les organisations de la société civile œuvrant en alimentation au Canada atlantique s’engagent dans la gouvernance des systèmes alimentaires par le biais de la programmation, de la défense des intérêts et des réseaux de collaboration. Ce projet s’appuie sur des entrevues semi-structurées avec des membres d’organisations de la société civile de toutes les provinces de l’Atlantique pour identifier les stratégies visant à renforcer la résilience des systèmes alimentaires, les principaux défis en matière de gouvernance et les moyens de renforcer l’influence de la société civile. Nous soutenons que les organismes communautaires font progresser la gouvernance des systèmes alimentaires par l’action locale, l’établissement de relations et l’apprentissage collectif, offrant ainsi des perspectives pour la mise à l’échelle de systèmes alimentaires équitables et résilients dans le Canada atlantique.

Semer les graines du changement : La transformation sociale par la participation à l’agriculture
Devin Herman

Les contradictions de notre système politico-économique capitaliste ne cessent de s’aggraver, créant des crises sociales et écologiques. Ces crises sont le résultat de notre organisation sociale, et il existe une littérature importante qui soutient la possibilité réelle d’une qualité de vie élevée pour tous dans des limites écologiques. Pour y parvenir, il faudra une transformation sociale radicale. Mon travail de maîtrise examine comment une telle transformation peut se produire grâce à la théorie anarchiste de la praxis. Il s’agit d’une théorie de la subjectivation, c’est-à-dire de la manière dont les pratiques et activités quotidiennes auxquelles nous participons affectent nos valeurs, nos capacités et nos motivations ; à leur tour, ces aspects de notre subjectivité produisent ou reproduisent collectivement la société. Pour cette enquête, j’ai interrogé des agriculteurs du sud de l’Ontario sur leurs pratiques agricoles, ainsi que sur leurs opinions politiques, sociales et religieuses, et sur les moyens qu’ils envisagent pour parvenir à une société idéale. Les agriculteurs ont été choisis comme population parce que l’agriculture nécessite une interaction avec la nature et produit une base socialement nécessaire à travers la nourriture. Les agriculteurs sont donc continuellement constitués en tant que sujets par le biais d’un fondement matérialiste et d’un objectif socialement bénéfique. Mes premières conclusions indiquent que les pratiques agricoles durables modifient les relations des participants avec la nature, la communauté et la société. Ces pratiques permettent de se reconnecter aux flux métaboliques des systèmes naturels et ont également affecté les désirs des participants en matière de socialisation des besoins fondamentaux, de diminution de la consommation des ressources, de redistribution des ressources et d’augmentation de l’obligation de prise en charge collective. Il est important de noter que ces pratiques n’ont pas seulement affecté leurs valeurs, mais qu’elles constituent également un moyen d’explorer le développement de ces capacités par le biais de leur pratique. Chaque participant s’est engagé dans divers projets pour tenter de se changer et de changer sa communauté afin de mieux représenter ces valeurs. Dans cette présentation, je développerai ces résultats et discuterai de la manière dont cette recherche peut se traduire en informations sur la manière dont les pratiques peuvent produire une transformation sociétale pro-sociale et pro-écologique.

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